
Laboratoire vivant sur l'habitat durable et la Zéro Artificialisation Nette dans l’espace transfrontalier d’Esch-sur-Alzette, le 4 novembre 2025
Repenser l’habitat
Le laboratoire vivant « Habiter le territoire, vivre la Transition » s'est déroulé dans le cadre du projet Interreg A IV LATI et s'est consacré à l'un des thèmes centraux pour l'avenir de la Grande Région : la compatibilité entre des logements abordables et l'objectif de zéro artificialisation nette (ZAN ou No Net Land Take – NNLT en anglais).
L'espace transfrontalier, en particulier la zone frontalière luxembourgeoise, est soumis à une double pression : d'une part, la population connaît une croissance dynamique, ce qui augmente encore la demande de logements. D'autre part, les stratégies européennes et nationales s'engagent à réduire considérablement l’artificialisation de nouvelles surfaces et à la ramener à zéro à l’horizon 2050. Le sol est considéré comme une ressource limitée dont l'imperméabilisation a des conséquences écologiques, climatiques et sociales considérables.
L'objectif du Laboratoire vivant était de rendre ces conflits d'objectifs abstraits tangibles pour un public non spécialisé. Au lieu de discussions théoriques, l'accent a été mis sur les expériences personnelles, la réflexion collective et des scénarios de planification ludiques.

Activité 1 : Carrières d'habitat - le logement comme expérience personnelle
La journée a débuté par l'activité « carrières d’habitat », qui s'inspirait délibérément du vécu des participants. Chaque personne a retracé son parcours résidentiel sur une frise chronologique : de l'enfance à aujourd'hui, avec un regard vers l'avenir.

Malgré des parcours très différents, des schémas récurrents se sont dégagés :
- de nombreux participants ont grandi dans des maisons individuelles ou des appartements spacieux;
- pendant leurs études et au début de leur carrière, ils ont principalement vécu dans des appartements plus petits, souvent situés dans des villes bien desservies par les transports publics (à noter que presque tous les participants ont fait des études supérieurs);
- avec la stabilisation de leur situation professionnelle et la fondation d'une famille, beaucoup ont souhaité disposer d'un logement plus spacieux, ce qui s'est souvent traduit par un déménagement en périphérie et des trajets plus longs;
- les changements de lieu de résidence résultaient le plus souvent d'une augmentation ou d'une diminution de la taille de la famille, d'un premier emploi et, dans certains cas, d'influences externes telles que la situation géopolitique du lieu de résidence.
Présentation « No Net Land Take »
Après la première activité et un repas convivial, les participants ont reçu un aperçu technique concis sur le thème « No Net Land Take by 2050 ». L'objectif était de créer une compréhension commune des termes utilisés.

Il a notamment été expliqué ce que l'on entend par « Land Take » (consommation de terres et imperméabilisation des sols), pourquoi le sol est considéré comme une ressource non renouvelable et quelles sont les conséquences écologiques de l'imperméabilisation, en particulier pour la biodiversité, le régime hydrologique et le climat. Il a également été expliqué pourquoi l'Union Européenne poursuit l'objectif de réduire à zéro l’artificialisation nette d'ici 2050, non pas en interdisant complètement la construction, mais en prenant des mesures telles que la compensation, la densification et la reconversion des surfaces existantes.
L'exemple du Luxembourg a montré à quel point la mise en œuvre est difficile. Malgré des objectifs ambitieux, la consommation de terres reste élevée, tandis que la pénurie de logements et la hausse des prix accentuent la pression. La ZAN nécessite donc des stratégies intégrées, une coopération entre les différents niveaux et une large acceptation par la société.
Activité 2 : jeu de simulation - l'aménagement du territoire sous pression
Le jeu de simulation, dans lequel les participants ont eux-mêmes endossé le rôle de planificateurs, constituait le cœur du laboratoire vivant. La base du jeu était une carte au 10.000ème d’une portion de territoire transfrontalier entre Luxembourg Ville et les communes lorraines au delà d’Esch-sur-Alzette (le Transect). Sur ce territoire l’équipe avait calculé une population de 277.000 habitants. Sur la base de prévisions démographiques réalistes, les groupes devaient décider où et comment créer des logements supplémentaires pour des dizaines de milliers de personnes d'ici 2030 (+27.000 habitants), 2040 (+30.000 habitants) et 2050 (+33.000 habitants), dans le but d'atteindre une zéro artificialisation nette des sols d'ici 2050.

Malgré des approches différentes, plusieurs tendances communes se sont dégagées :
- les faibles densités (zones typiques de maisons individuelles) ont été délibérément évitées et considérées comme dépassées;
- l'accent a clairement été mis sur la densification des zones résidentielles existantes, en particulier à Esch-sur-Alzette et à Luxembourg Ville;
- les friches industrielles ont été identifiées comme un potentiel important pour la désignation de logements;
- de nouveaux quartiers très denses n'ont été créés que de manière ciblée, généralement dans des endroits bien desservis par les axes de transport;
- la proximité des lignes ferroviaires et des autoroutes a joué un rôle central (développement axé sur les transports en commun).
Activité 3 : Fishbowl - Discussion
La troisième activité du laboratoire vivant avait pour objectif de réfléchir ensemble aux conclusions des points précédents du programme et apporter des perspectives de débat. Sous le titre « Visions pour un habitat tourné vers l'avenir à Luxembourg et dans ses environs en 2050 », un espace a été délibérément créé pour les questions ouvertes, les évaluations personnelles et les aspects qui n'avaient pas encore été abordés. La méthode choisie était une discussion de type fishbowl, avec deux cercles concentriques de chaises, l’exterieur pour les membres du public qui pouvaient se déplacer dans le cercle intérieur pour intervenir.

La discussion, qui a duré environ 45 minutes, a été divisée en trois thèmes :
- Thème 1 – Besoins pour un logement tourné vers l'avenir
- Thème 2 – Comment et où créer des logements
- Thème 3 – Faisabilité de l'objectif NNLT d'ici 2050
L’échange entre experts et le laboratoire vivant ont clairement montré que la combinaison d'une forte croissance démographique, de ressources foncières limitées et d'une augmentation des coûts du logement posent des défis majeurs à la zone transfrontalière luxembourgeoise. Si l'objectif de la ZAN est reconnu comme une orientation importante, il manque encore à ce jour des instruments transfrontaliers contraignants, des systèmes de suivi communs et des approches de planification suffisamment coordonnées. Il a été convenu que seules une coopération renforcée entre les communes, une participation précoce des citoyens, des projets pilotes attractifs et une meilleure articulation entre la planification, la mobilité et la gestion des ressources permettront à l'avenir de créer des logements abordables et compacts.
Le laboratoire vivant s'adressait aussi bien aux praticiens qu'à la société civile. Les formats ont été choisis de manière à familiariser un public non specialiste avec les thèmes du logement abordable, de la ZAN et, en géneral, de l’aménagement du territoire. Les participants étaient tous déjà familiarisés dans une certaine mesure avec le sujet, ce qui a enrichi les discussions.
Plus d'informations dans le rapport officiel pour Interreg.


